
Bordant l’une des anciennes
entrées de l’enclos de la cathédrale,
le Palais de Justice occupe depuis 1795 l’ancienne résidence
de l’évêque dont les plans sont attribués
à Jules Hardouin Mansart.
En 1553, la destruction totale de Thérouanne,
jusqu’alors siège de l’évêché,
entraîne une nouvelle répartition de l’organisation
épiscopale. Saint-Omer hérite d’une
partie de l’ancien évêché et sa
collégiale se voit promue cathédrale (du grec
cathèdra qui signifie siège de l’évêque).
A la suite de Gérard d’Haméricourt,
premier évêque de Saint-Omer et abbé
de Saint-Bertin, les évêques conserveront l’habitude
de loger à l’abbaye.
La décision d’élever une demeure digne
du nom de palais épiscopal revient à Armand-Anne-Tristan
de la Baume de Suze, premier évêque
nommé par Louis XIV. Construite
à partir de 1680, à l’emplacement
de l’ancienne demeure du prévôt (chef
des chanoines avant l’arrivée de l’évêque),
la résidence présentait trois corps de logis
disposés en équerre. Cet agencement permettait
au prélat d’accéder à la chapelle
d’axe de la cathédrale, alors réservée
à l’évêque, sans avoir à
sortir de chez lui. La devise de ce dernier,
«A la fin tout s’use» (!), aurait été
gravée sur la façade donnant sur le jardin.
Cette construction est à peine achevée
qu’en 1684 Armand-Anne-Tristan de
la Baume de Suze est appelé dans d’autres
contrées et quitte Saint-Omer.
Son successeur, Louis-Alphonse de Valbelle
va parachever l’œuvre en lui donnant l’ampleur
et la régularité qui la caractérisent
aujourd’hui. Le Palais épiscopal se présente
comme un hôtel particulier bâti entre cour et
jardin. La présence du cloître des chanoines,
autrefois situé de l’autre côté
du mur qui fait face à l’entrée, est
sans doute à l’origine de la disposition particulière
du corps de logis qui se trouve rejetté à
gauche de l’entrée et non pas dans son axe
comme cela est l’usage pour les hôtels particuliers
précédés d’une cour. Cet ensemble
est généralement attribué à
Jules-Hardouin Mansart, architecte attitré
de Louis XIV rendu notamment célèbre
par les transformations apportées au château
de Versailles. La marque du roi et de son architecte sont
doublement perceptibles sur la façade donnant sur
la cour.
La reproduction sur toute la largeur de la façade
d’un même motif constitué d’ouvertures
régulièrement alignées et encadrées
de pilastres évoque l’extension horizontale
donnée aux façades de Versailles par son architecte.
Le Roi Soleil affirme en outre sa présence par le
répertoire décoratif symbolique sculpté
sur le fronton de l’avant-corps central : le soleil
éclaire de ses rayons le globe terrestre et porte
autour du cou la devise royale
«Nec pluribus impar», dont la traduction littérale,
"non inégal à plusieurs" (royaumes
ou mondes), exprime l’ambition démesurée
de conquête du souverain.
La Révolution bouleverse l’affectation
de cet espace qui de palais épiscopal devient
en 1795 palais de justice. Les bâtiments
construits par Armand-Anne-Tristan de La Baume de
Suze disparaissent tandis que sont entrepris en
1844 les aménagements intérieurs
qui donnent au palais de justice ses dispositions
définitives.
Le choix du palais épiscopal et les modifications
intérieures traduisent bien l’image que souhaite
donner d’elle-même la justice de l’époque.
Une mise en scène architecturale d’ordre symbolique
se déploie en effet passé le seuil de la porte.
Le vestibule sombre, peu élevé et planté
de massives colonnes exprime l’aspect lugubre de l’univers
carcéral qu’il dessert par la présence,
à droite, de la prison. Cet espace débouche
sur un escalier imposant et majestueux qui constitue un
véritable puits de lumière. A son sommet domine
la statue de la Justice, représentée sous
les traits d’une figure féminine antique portant
les attributs traditionnels que sont le glaive et la balance.
A la justice répond la loi dont la statue, également
l’œuvre de Louis Noël, artiste audomarois,
apparaît à l’étage.
De l’ombre à la lumière, l’escalier
symbolise ainsi ce passage du chaos à l’ordre
retrouvé. Celui-ci donne accès aux deux salles
d’audience, du tribunal civil, à droite, et
de la cour d’assises, à gauche, séparées
par la salle des pas perdus. Seule la salle d’audience
du tribunal civil, ancienne salle à manger de l’évêque,
a gardé sa décoration d’origine constituée
de lambris de bois sculpté où évoluent
des angelots dans des scènes portant les attributs
des arts libéraux. Gracieuse et légère,
l’ambiance qui émane de cette pièce
contraste avec l’atmosphère grave et solennelle
de la salle des pas perdus et de la salle des assises. Ancienne
chapelle de l’évêque, cette salle est
pourvue d’une abside couverte d’une voûte
à caissons où siège le parquet.
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