
Construit de 1834 à 1841 par
Pierre-Bernard LEFRANC, cet édifice imposant, rythmé
de colonnes doriques, abrite un théâtre à
l’italienne. L’Hôtel de ville
actuel s’est substitué à l’ancienne
halle échevinale, construction composite qui présentait,
en ce premier tiers du XIXè siècle, plus de
pittoresque que de véritable beauté. A la
différence de l’édifice actuel, cette
première maison communale se trouvait rattachée
à l’ensemble de constructions qui sépare
la rue de Dunkerque de la rue de Wissocq. L’emprise
de ses bâtiments sur la place ne dépassait
pas la limite de la rue des Clouteries.
La Grand’Place occupait donc une surface plus importante
encore qu’elle ne l’est aujourd’hui. On
accédait à la grande salle de l’ancienne
halle échevinale par un escalier à ciel ouvert
et à double rampes aboutissant à un palier
voûté. Là se trouvait la fameuse bretèche
(sorte de tribune haute et suspendue) où étaient
proclamées les sentences des accusés qui attendaient
sur le pavé de la place, à genoux et la tête
découverte, le verdict final. Si l’accusé
avait encouru la peine de mort, on sonnait la cloche dite
du sang, appendue dans un petit beffroi au dessus de la
tribune.
L’état de vétusté du bâtiment,
plusieurs fois restauré, ainsi que la construction
sur la place d’un nouveau bailliage, siège
d’une juridiction rivale (en quelque sorte l’ancêtre
des préfectures), motivèrent sa reconstruction
dès la fin du XVIIIè siècle.
Le projet, confié dans un premier temps à
l’architecte parisien Couture, puis en 1813 au lillois
Verly, est cependant ajourné jusqu’à
sa réalisation en 1834 sous la direction de l’architecte
parisien Pierre-Bernard Lefranc.
Celui-ci avait conçu un monument rectangulaire de
plus grandes dimensions qui fut réduit à un
volume presque carré suite au jugement du Conseil
des Bâtiments civils à Paris qui l’estimait
hors de proportion à l’échelle de la
ville. Heurtés par la nouvelle silhouette de leur
maison communale, les habitants de Saint-Omer le taxèrent
du surnom quelque peu railleur de moulin à café.
L’ambition première du projet consistait à
regrouper sous un même toit les bureaux de la mairie,
des boutiques, un musée, la bibliothèque,
la justice de paix, le commissariat, les archives, …et
une salle de spectacle. Si l’on abandonna l’idée
des boutiques au rez-de-chaussée, toutefois les autres
fonctions semblent avoir cohabité dans les premiers
temps.
La
présence du théâtre au cœur de
l’Hôtel de ville trouve sa raison d’être
dans cette polyvalence originelle du bâtiment. La
surprise éprouvée lorsque l’on entre
dans le théâtre est d’autant plus grande
que son décor, luxuriant, contraste avec l’austérité
et le dépouillement néo-classique de la façade.
Fermé depuis 1973 pour des raisons de sécurité,
ce ravissant théâtre à l’italienne
fait l'objet d'un projet de réouverture au sein d'un
hôtel de ville transformé en centre culturel.
Phot.Inv.
Philippe Dapvril © Inventaire général,
ADAGP.
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